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Le nouveau jeu de David Cage (son deuxième seulement !) pourrait s’inscrire comme un véritable « chaînon manquant » entre le cinéma et le jeu vidéo. Explorant de nouvelles contrées interactives jusqu’alors méconnues, ce jeu ne ressemble à aucun autre. Passionnant, innovant, immersif, les superlatifs sont nombreux pour décrire ce petit joyau. Puisant directement ses inspirations dans le septième art, Fahrenheit est une expérience intense aux références nombreuses, sans pour autant devenir un simple mixage référentiel.
Thriller psychologique interactif
Une fois le jeu inséré, une présentation aux allures d’habillage d’un film DVD se met en place. Le ton est déjà donné avant même que le joueur ait posé ses mains sur le pad : il va vivre une expérience interactive qu’il ne lâchera pas avant la fin. Un tutorial viendra vous indiquer comment appréhender le gameplay particulier du jeu. Le tout mis en scène tel une répétition pour une séquence d’un film. Après avoir pu se familiariser avec les commandes, l’aventure peut commencer…
New-York en 2009, enseveli sous un manteau de neige épaisse, la ville brille de milles feux, s’entourant d’une aura presque maléfique. Sombre et peu accueillante, la métropole est soumise au froid hivernal. Un corbeau se pose près d’une fenêtre et devient témoin d’une scène particulièrement sanglante. Dans les toilettes d’un restaurant, un homme, couteau à la main, comme possédé par une force obscure, s’approche près d’un homme et le poignarde à plusieurs reprises. Quelques secondes après ce violent méfait, le tueur s’affole et semble aussi surpris par son acte que le joueur. La panique est d’autant plus grande puisque c’est vous qui incarnez l’assassin. Plus une seconde à perdre, il vous faut cacher le corps rapidement et nettoyer les traces de sang.. Après avoir dissimulé l’arme du crime, l’écran se scinde en deux parties, vous indiquant qu’un policier se trouve dans la pièce d’à côté, séparée uniquement d’une maigre porte. Votre angoisse augmente, accentuée par les multiples choix qui s’offrent à vous. En effet, que faire ? Quelle attitude adoptée ? Quelles conséquences pourraient engendrer tel acte ? Le stress est d’autant plus intense que le flic s’approche des toilettes. Vous sortez et faîtes mine d’être tranquille. Après avoir regagné votre table, vous essayez de reprendre vos esprits en buvant un peu. En empruntant la porte du fond, votre sortie sera discrète et vous éviterez une confrontation avec le policier. Car, que l’on ne s’y méprenne, Lucas (le personnage que vous incarnez) n’a pas le profil d’un tueur, de même que VOUS n’avez pas ce profil. Cette entrée en matière, tout comme le jeu dans sa globalité, peut se jouer de mille et une manières, en effectuant des actions différentes pour aboutir à une suite plus ou moins parallèle à la précédente.
C’est ton d’instinct !
Cette brève présentation de l’introduction n’est qu’un aperçu de la suite. Vous l’aurez deviné, si Fahrenheit est un jeu d’aventure, son originalité et ses innovations en font surtout un jeu d’instinct. Le titre fonctionne de A à Z sous le principe de la cause à effet. Il joue avec vos émotions de manière violente, en se basant sur le moteur de la panique via un principe de stress rarement aussi approfondi. Chaque action que vous effectuerez aura une répercussion plus ou moins importante sur le déroulement du jeu ; De même que l’état mental de votre héros sera déterminé par chacun de vos choix. D’autant plus que le temps est parfois limité et ne laisse que peu de répit pour la réflexion. Représentée sous forme de jauge, la situation psychologique des personnages principaux bénéficie d’un rôle de premier ordre dans les questions que vous poserez, et donc des réponses que vous obtiendrez.
Vos réflexes seront grandement mis à contribution, à travers des séquences de jeu faisant appel à votre dextérité. Il s’agit simplement d’effectuer des combinaisons via les sticks analogiques ou les boutons L1 et R1 (L2 et R2 servant à recentrer la caméra). Ces phases, délicates aux premiers abords, rajoutent de l’intensité et accentuent encore l’oppression sur le joueur. Votre instinct sera la clef de votre réussite et c’est ce qui donne un cachet si unique à l’aventure. Recommencer l’aventure ne signifiera en aucun cas revivre la même chose, car grâce aux multiples possibilités qui vous sont offertes, le jeu s’adapte à vos choix. De même que chaque joueur vivra une expérience qui lui est propre, sans commune mesure avec la votre. Et c’est bien là le tour de force de Fahrenheit : rendre la progression du jeu unique à chacun.
Et le Devin fût…
Fahrenheit est une véritable découverte de soi-même, toute proportion gardée bien-sûr. Le joueur évolue au même rythme que Lucas Kane et s’interroge avec la même violence sans pouvoir réellement trouver de solutions. Comme si des puissances supérieures nous malmenaient telles des marionnettes. Cette réflexion est d’autant plus intéressante que l’intrigue générale nous confronte à la manipulation. Parfaitement représentée par les cut-scenes où Lucas n’est pas maître de ses actes. Tout comme lui, le joueur n’a aucune emprise, accentuant ainsi l’identification au personnage et la détresse d’une action non voulue.
L’autre originalité de Fahrenheit se situe dans la mise en place de son intrigue et sa narration. Outre Lucas, vous incarnerez les deux enquêteurs chargés de résoudre les meurtres du héros : Carla Valenti et Tyler Miles. Cette particularité donne une dimension supplémentaire à la vision générale de l’œuvre, et la rend également plus immersive.
Malgré une étude psychologique des personnages rondement bien menée, c’est la mise en scène qui brille par sa maestria. Participant activement au stress du joueur, elle prend ouvertement ses racines dans le cinéma. Les références sont nombreuses ; A commencer par Snake Eyes de Brian de Palma, où l’on retrouve le même type de split-screen et de plan-séquence. La scène de l’asile est un bel hommage au Silence des Agneaux et en reprend certains cadrages, voire même des dialogues ! Autant de séquences mythiques qui ont la chance d’être soutenues par la musique envoûtante de Angelo Badalamenti (compositeur des films de David Lynch entre autres).
Inutile d’attendre le froid
Techniquement, on ne peut rien reprocher, si ce n’est une maniabilité parfois hasardeuse. Disposant d’un léger filtre granuleux, qui n’est pas sans rappeler Silent Hill 2, les graphismes ont une tendance sombre qui n’est pas pour nous déplaire et qui contribue grandement à l’atmosphère oppressante du soft. Les voix sont d’excellente facture au même titre que le rendu des mouvements des personnages et de leur faciès. On ressent une véritable direction d’acteurs et grâce à la performance de la motion capture associé à un très bon travail de doublage, les personnages sont vivants et réalistes.
Si vous ne l’avez pas encore compris, je n’ai plus qu’une seule chose à ajouter : ruez-vous sur Fahrenheit ! |
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